Le serpent était le plus rusé de tous les animaux.

Livre de la Genèse, chapitre 3, verset 1

Tu me relèves, en vue de quoi ? En vue d’un ailleurs. Non un ailleurs mythique, que je me construirais, où je chercherais à fuir, mais un extérieur d’où se dégage une autre vue sur la situation, un regard neuf sur moi et sur le monde.
Au livre de la Genèse, le péché des origines — origine de tous les péchés et de tous les enfermements — avait été susurré par le serpent, le rusé. Il ne mentait pas complètement, il ne disait qu’un aspect de la réalité : il invitait à connaître le bien et le mal, à se prendre pour Dieu ! Vu comme ça, n’est-ce pas désirable, utile, savoureux ? Oui. Mais comment pouvons-nous connaître ce qui est bien, ce qui est mal, absolument, comme Dieu ?

Dans la Bible, le verbe hébreu connaître ne se limite pas à une opération intellectuelle. Il désigne une expérience profonde, intime, de quelque chose ou de quelqu’un ; il désigne même les relations sexuelles*. Or, l’homme n’a qu’un moyen de connaître en ce sens le bien et le mal : c’est bon ou c’est mauvais pour moi. Ce faisant, je me mets au centre du monde ! Or, je ne suis pas le centre du monde. Ce centre fictif, fascinant, devient ma prison.
Comment en sortir ? En décentrant le regard de mon nombril. Comme les Hébreux. Au désert, ils sont appelés à lever les yeux vers le serpent de bronze dressé sur son mât. Ce serpent dressé que je vais fixer, c’est le Christ. Lui va me sortir de mon trou, me relever, pour me donner de vivre enfin, au grand air, au vent du large.

* « Adam connut Ève, sa femme ; elle devint enceinte. » Livre de la Genèse ch. 4, v. 1
Cathédrale d'Orvieto: détail du péché originel

Serpent trompeur vs serpent sauveur