J’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché.

Livre de la Genèse, chapitre 3, verset 10

Pourquoi toute cette histoire de serpents, le rusé des origines et le signe dressé dans le désert ? Était-ce vraiment nécessaire ? Au départ, ça ne l’était pas. Il y avait comme un jardin. Non pas la nature sauvage, brute, mais une nature aménagée, organisée pour l’homme. L’humain pouvait s’y épanouir et la gérer avec sagesse, pour son plaisir et le bien de tous. Mais de gérant, il a tenté de se faire propriétaire, de l’accaparer à son profit. Tout était pour lui, mais non pour lui tout seul. Par cette clôture myope sur lui-même, il a brisé l’harmonie et la paix qui lui étaient confiées.
Du coup, il découvre sa vulnérabilité : si je peux utiliser les autres pour mon profit, les autres aussi peuvent mettre la main sur moi. Prenant conscience que je suis nu, je prends peur.

Je cherche à cacher ma nudité, je me cache à moi-même et m’enferme dans cette cachette en m’y croyant à l’abri. Or, l’abri le plus sûr n’est pas derrière des murs ni sous une armure. Si fort soit-il, ce genre d’abri finit par se fendre, par s’écrouler, de par l’usure, la pression des éléments, ou l’intrusion des autres.
La seule sécurité, c’est d’apprendre à regarder ma peur en face, et ne plus être dominé par elle. Je peux alors sortir de mon trou et me tenir debout dehors. Non par ma propre force, mais grâce à quelqu’un d’autre qui m’attire et me soutient.
Par sa ruse, un serpent m’a lové, enroulé sur moi-même, sur ma peur et sa brûlure. Je vais me décentrer vers un autre. Celui qu’on a dressé sur un mât. Vers lui, je relève la tête. Il me redresse, et me donne l’énergie de le suivre.

Lové sur ma peur